Canada : un nouveau venu sur le marché des gouttières dentaires amovibles inquiète les orthos



Alors qu’il y a quelques semaines la FFO tirait la sonnette d’alarme face à une utilisation non contrôlée des gouttières dentaires amovibles, de l’autre côté de l’Atlantique, un nouvel arrivant sur le marché fait beaucoup parlé de lui.


Ce qui inquiète les professionnels du monde dentaire, c’est que l’acteur en question, SmileDirectClub (SDC), propose aux patients de faire redresser leurs dents sans jamais rencontrer un dentiste spécialisé ou un orthodontiste... Et ce « jusqu'à 60 % moins cher que des broches » (comprenez bagues).


Prendre ses empreintes soi-même


En effet, SDC propose à ses clients de prendre l’empreinte de leurs dents eux-mêmes, à la maison, au moyen d’une pâte envoyée dans un kit. S’ils le souhaitent, les patients peuvent si non se rendre dans clinique appelée SmileShop (il y en a 3 sur le territoire canadien) pour qu’un employé SDC, qui n’est pas un dentiste ni un orthodontiste (c’est important pour la suite), réalise une empreinte numérique 3D.


Les empruntes sont ensuite transmises à un des « 250 dentistes partenaires » de la société et quelques temps plus tard les patients reçoivent tout l’équipement nécessaire à leur traitement dans une trousse avec en bonus un kit de blanchiment des dents. TOUT l’équipement oui, car la société ne fait pas d’envois mensuels : si les clients signent pour 6 mois de traitement (c’est la moyenne) ils reçoivent l’ensemble des gouttières en une seule fois.


Le suivi se fait à distance, tous les 90 jours. Il est assuré par « dentiste ou un orthodontiste dûment autorisé » attribué à chaque patient.



Une « Ubérisation » de la pratique dentaire


Selon Barry Dolman, président de l'Ordre des dentistes du Québec (dont font partie les orthodontistes), cette « ubérisation de la pratique dentaire » était inévitable compte tenu des « avancements dans la technologie ».


Au départ, a-t-il expliqué au journal canadien La Presse, les gouttières de type Invisalign ne permettaient aux orthodontistes que de traiter des cas très simples. L'expertise développée a ensuite permis aux dentistes de commencer à utiliser cet outil. « Maintenant, c'est la troisième vague. C'est le SmileDirectClub », qui a retiré du processus les visites chez un professionnel.



Une plainte pour « exercice illégal » déposée


Face à cette pratique, il y a « deux camps » comme l’explique André Ruest, un orthodontiste qui exerce à Longueuil : « Ceux qui voient ça comme une menace et qui se disent qu'ils n'auront plus de job dans 10 ans, car tout va se faire en ligne. Et d'autres qui pensent que le modèle d'affaires n'est pas soutenable à long terme et qu'il ne faut pas trop s'inquiéter avec ça ».


Pour la Dre Ariane Lebuis, le SDC « pratique illégalement la dentisterie » notamment lors de la prise des photos 3D dans ses cabinets : « Nous, l'Ordre nous tape sur les doigts si on délègue les scans et les prises d'empreintes à l'hygiéniste et eux, c'est fait par n'importe qui. […] Il faut que l'Ordre fasse quelque chose ! Je trouve ça aberrant. »


Son souhait pourrait bien être exaucé car, selon les sources du média La Presse, une plainte aurait déjà été déposée au Syndic de l’Ordre par un orthodontiste.


La Dre Lebuis n’est pas la seule à s’indigner face à la pratique du SDC : « Le moindrement qu'il n'y a pas de suivi, ça peut être catastrophique. [...] Ça peut avoir l'air alléchant, mais c'est dangereux. [...] Aucune radiographie n'est prise. C'est très, très, très inquiétant. [...] J'ose espérer que les gens vont demander un deuxième avis quand ils iront là-bas. » s’inquiète la Dre Isabelle Baillargeon, qui fait partie de la poignée d'orthodontistes ayant le plus d'expérience au Québec avec les traitements au moyen de gouttières. « C'est sûr qu'ils font signer une décharge. Alors s'il y a des pertes de dents ou s'il y a des dommages au niveau de la dentition, et il peut y en avoir d'assez sérieux qui sont irréversibles, les gens, sans le savoir, signent une décharge et comme ils [le SDC] ne sont pas reconnus par l'Ordre, le public n'a aucune protection. » poursuit-elle.



Quel impact sur l’activité des cabinets ?


La Dre Isabelle Baillargeon jure que ses mises en garde ne visent pas à préserver son marché. En réalité le SDC lui fait gagner des clients : « Ça m'en amène, car ils [le SDC] font tellement de publicités sur les gouttières que j'ai plus de demandes qu'avant. Les gens ne connaissaient pas ça et là, ils s'informent. »


Côté prix en revanche, l’arrivé de cet acteur essentiellement virtuel dans le monde de l’orthodontie bouscule les lignes puisque, face aux prix cassés du SDC, certains cabinets offrent des rabais importants sur les traitements Invisalign.


Notons que les traitements proposés par le SDC peuvent être, au même titre que les traitements proposés par des professionnels du monde dentaire, être remboursés aux patients. En effet, selon l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP), les Québécois dont l'assureur couvre les traitements d'orthodontie seront remboursés pourvu que « le nom et le numéro d'identification d'un dentiste qui pratique au Canada » soient indiqués sur la facture. Informations qui apparaissent bien sur la facture du SDC selon les dires d’un employé de la société contacté par La Presse.



Et vous, quel est votre avis sur ces pratiques ?


Source : La Presse

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